11.04.2006
Interview : Alain Lamassoure, député européen
Alain LAMASSOURE, vous avez été ministre des affaires européennes, aujourd'hui député européen. Que faisiez vous à 20 ans et que pensiez vous de l'Europe ?
A vingt ans, j'étais étudiant. J'avais un camarade allemand, un peu plus âgé, qui était déjà marié et père d'une petite fille. Je l'ai invité à passer des vacances dans ma maison familiale des Pyrénées. Et là, ce fut un choc: ma grand'mère, qui était la bonté même, a refusé de les accueillir: son père, son mari, son fils avait combattu contre ceux qu'elle appelait les "Boches". Jusqu'à ce que la petite fille de deux ans monte spontanément sur les genoux de la grand'mère, qui, vaincue, a souri pendant qu'une larme coulait sur sa joue: l'amour, la vie avaient gagné.
Ce jour-là, je me suis juré de tout faire pour que toutes les grand-mères d'Europe puissent désormais ouvrir grands leur bras. Et comme la vie est parfois malicieuse, j'ai retrouvé mon ami, Gunther, bien longtemps après: c'est lui qui représentait l'Allemagne à la Convention européenne, où je représentais le Parlement européen !
Aujourd'hui c'est également aux jeunes de dire OUI et il semble qu'ils soient les français les plus enthousiastes au traité constitutionnel. Comment les aider à convaincre les aînés ?
En leur disant: "l'Europe, c'est nous. C'est déjà, ce sera de plus en plus le cadre naturel de notre vie. Tous les pays d'Europe, tous les partis politiques (à la seule exception des conservateurs britanniques) ont accepté cette Constitution, qui est un vrai contrat de mariage entre nos peuples, que vous avez réconciliés.
Ce texte est l'aboutissement de cinquante ans d'efforts - les vôtres - et il ouvre un nouveau chapitre dont c'est nous qui écrirons les pages. Dire "non", serait dire "non" à ce mariage, désavouer votre oeuvre et retarder l'Europe unie pour toute une génération.
Ce traité compile 50 ans d'Europe. Quel exemple de progrès concret pouvez vous nous donner ?
Mille.
La suppression du service militaire, puisque nos ennemis héréditaires sont devenus des frères. La promotion de la femme, pour laquelle l'Europe avait vingt ans d'avance sur la France. La défense de l'environnement, idée européenne: 80% des lois françaises sur la protection de l'environnement (qualité de l'eau et de l'air, traitement des eaux usées, recyclage des déchets, conception écologique de tous les nouveaux produits industriels etc.), et c'est grâce à l'Europe que, pour la première fois, trente pays industriels ont accepté de s'engager dans la réduction de l'émission de gaz à effet de serre pour sauver la planète. Les échanges universitaires: Erasmus et son "Auberge Espagnole", quelle réussite et quel symbole ! Les réussites industrielles et scientifiques: sans l'Europe, pas d'Airbus, pas d'Ariane, pas de recherche spatiale de ce côté-ci de l'Atlantique....
Plus spécifiquement pour les jeunes, que va leur apporter ce traité constitutionnel dans les années à venir ?
Une chose simple et fondamentale: ce sont eux qui prendront le pouvoir en Europe ! Le défaut de l'Europe actuelle, malgré toutes ses vertus, c'est que les citoyens y sont des spectateurs: "Bruxelles" est un théâtre, devant lequel la génération de vos aînés regarde, applaudit, siffle, mais ne peut rien sur le scénario.
Avec la Constitution, les citoyens prendront le pouvoir en Europe: ce sont eux qui éliront ceux qui décident en Europe. Et cette Europe elle-même, qui n'est trop souvent, elle aussi, qu'un spectateur sur la scène internationale, laissant d'autres décider à sa place, deviendra à son tour un acteur, et un acteur majeur, avec son Président du Conseil européen, son Ministre et son services des Affaires étrangères, et les moyens militaires de prendre toute sa part au maintien de la paix et à la défense de nos valeurs de civilisation. La puissance pacifique dont le monde du XXIe siècle a besoin.
20:00 Publié dans Cap sur le Oui | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Référendum, Constitution européenne, Alain Lamassoure


