27.04.2007
Bleue comme une orange
Du haut de mes 33 ans, je me sens à fond dans la vague orange qui a déferlé sur la France. Militante UMP depuis 2002 et le choc avec Le Pen, je me suis pas retrouvé dans une grande partie du programme de Nicolas Sarkozy -étant résolument de droite- mais absolument pas dans les valeurs qu’il a défendues.
Je n’ai que trop vu sa manière de gouverner le parti, à base de chantage et de pressions, je ne peux pas accepter les atteintes à la liberté de la presse et d’opinion. Selon mon intime conviction, l’UMP est devenue un RPR-bis, un parti de godillots dans lequel aucun avis ne peut différer de la tête pensante car « il faut gagner ». Fut-ce à tout prix ?
Lorsque j’ai senti que Chirac ne se représenterait pas –bien avant son annonce officielle - je me suis retrouvée orpheline, allant jusqu’à penser que peut être j’allais arrêter la politique. Avec mes amis, nous avons alors longuement discuté : le choix de François Bayrou s’est imposé à beaucoup d'entre nous.
Petit à petit, je suis entrée dans la campagne. Auprès de mon entourage d’abord, cherchant à les convaincre, souvent avec succès. Puis dans les bistrots, prenant toute ma place dans les conversations de comptoirs. Et enfin sur le terrain, en allant en meeting, en emmenant avec moi des amis à convaincre.
C’est donc le cœur léger et le sourire aux lèvres que j’ai voté ce 23 avril. Pour moi c’était une belle journée que celle où j’allais dire « non à Sarko » tout en votant pour mes valeurs de droite, à savoir la liberté et la responsabilité : pour le respect des libertés fondamentales, et pour la responsabilité de ne pas mettre un homme dont je doute au pouvoir.
Le 23 avril à 20 heures, je n’ai pas été déçue. Bien qu’ayant longuement espéré l’élimination de Ségolène Royal, je me doutais que la diabolisation de François Bayrou en fin de campagne du premier tour lui serait fatale, convainquant une partie de ceux qui envisageaient de lui accorder leur suffrage à finalement voter utile.
Ce 23 avril, à 20 heures, j’étais fière. Fière que 18,57% de la population ait voté pour une autre vision de la politique. Fière de cette prise de conscience massive, et de ce refus du système tel qu’il est et que je connais si bien. Fière de cette osmose humaniste entre ces 6 millions d'électeurs. A ce moment, j’ai pris conscience que j’avais définitivement rejoint la Génération Orange.
Voilà pourquoi François Bayrou joue une carte intéressante en proposant la création du Parti Démocrate. Il me semble en effet que la « Génération Orange » a une place de choix à y prendre, pour incarner ce grand mouvement de rénovation de la vie politique française. Tout dépendra de ce qu'il en fera.
16:10 Publié dans Centre | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : Politique, Présidentielles 2007, Génération Orange, UDF, Parti Démocrate, Centre, UMP
25.04.2007
Quel avenir pour le centre ?
On le sait, depuis dimanche, François Bayrou envisage de capitaliser son score à l’élection présidentielle par la création d’un grand parti. C’est ce qu’il devrait annoncer cet après-midi lors de sa conférence de presse.
Dans le même temps, pris par sa stratégie anti-Bayrou depuis qu’il est à la tête du parti, Nicolas Sarkozy ne peut conclure un accord de personnes, et doit se contenter de draguer ses électeurs tout en envoyant discuter les Bayrou-compatibles.
Sa dernière idée en date : créer lui aussi, par sous-marin centriste rallié à l’UMP, un pôle centriste, qui regrouperait alors les UDF ralliés à Nicolas Sarkozy.
Sur la forme, l’idée reste très vague, mais sera de toutes façons suivie de très près par les adhérents de l’UMP, dans toutes leurs composantes. En effet, faute d’avoir instauré les courants pourtant statutairement prévus, le parti majoritaire apparaît très verrouillé, et les différentes sensibilités se plaignent de manière récurrente de ne pas pouvoir s’exprimer. Si l’UMP valide la création sous marine d’un parti centriste pour rallier les électeurs de l’UDF, il est à peu près certains que cela donnera des idées à d’autres tendances, et notamment aux libéraux.
Il est fort intéressant de voir aujourd’hui ces deux projets à destination des électeurs centristes co-exister dans cet entre-deux tours. Car qui sont les 18,57% de Bayrou ? A coup sûr, pas uniquement des centristes. Ne serait-ce que parce que côté droite, on retrouve une partie du corps électoral des libéraux et des écologistes de droite, qui avaient appelés à voter Bayrou.
L’UMP, lors de sa création, avait toute les cartes en main pour faire disparaître cette force politique. En choisissant de ne pas présenter de candidat UMP dans les circonscriptions gagnables par l’UDF, l’UMP avait permis au parti de François Bayrou de survivre, et même suffisamment pour constituer un groupe à l’Assemblée nationale. Cette attitude noble d’Alain Juppé avait été largement décriée au sein de l’UMP naissante, essentiellement par ceux qui avaient une vision hégémonique de la droite.
Sur la législature 2002-2007, François Bayrou, revigoré par le fait d’avoir un groupe parlementaire, s’était alors démarqué de la majorité, en marquant son opposition constante à la politique menée par les gouvernements Raffarin et Villepin, notamment en ne votant pas le budget et certains textes de loi. Cette attitude avait été interprété comme le franchissement ligne le séparant de la majorité. Nicolas Sarkozy , devenu président de l’UMP, avait adopté une attitude plus radicale vis-à-vis du leader centriste.
Aujourd’hui, fort de ses 31%, et bien positionné pour le second tour, Nicolas Sarkozy entend bien faire payer à François Bayrou ses cinq années passées dans l’opposition. Suffisamment sûr de lui, le président de l’UMP sait que la plupart des électeurs historiques de François Bayrou lui apporteront naturellement leur suffrage.
De son côté, François Bayrou sait qu’il ne peut conclure d’accord avec le candidat de l’UMP, et qu’il doit impérativement aller vite pour capitaliser son score. En effet, Nicolas Sarkozy ne lui fera aucun cadeau et surtout pas dans la législative qui s’annonce.
Si François Bayrou peut espérer jouer de la menace des triangulaires, ayant fait un score supérieur à 12,5% dans plus de 400 circonscriptions, il sait également que cette partie recèle beaucoup de bluff : les électeurs centristes sont plus enclins à voter utile au second tour, ne serait-ce que par habitude, que les électeurs du FN. Aussi il est peu probable que François Bayrou parvienne à refaire le coup de 1997, où le FN avait fait perdre au RPR environ 70 circonscriptions.
En effet, le score du centre UDF lors des législatives sera très certainement inférieur à celui réalisé par François Bayrou lors de la présidentielle. Sur cette élection locale, les électeurs reviendront naturellement à leur électorat. D’autant plus qu’ils savent qu’avoir quelques députés ne permet pas d’infléchir sur la politique gouvernementale, sauf en cas de majorité plurielle.
Si François Bayrou n’a pas d’autre choix que de tenter la pérennisation du mouvement engagé en sa faveur par la création d’une structure qui rassemblerait plus largement que l’UDF actuelle, Nicolas Sarkozy, lui, joue une autre partition. Disposant déjà d’un large parti, son intérêt est essentiellement de diviser, pour affaiblir le « centre Bayrou », et récupérer un maximum de voix au compte de l’UMP.
Finalement, ce sont les centristes politiques qui ont le plus de pression : Bayrou pour transformer l’essai, et les députés UDF élu en 2002 pour espérer conserver son siège. Nicolas Sarkozy, en position de force, a bien mis les choses au point : il soutiendra les députés UDF qui se seront ralliés à lui. Autrement dit, les récalcitrants auront un candidat UMP face à eux.
Dans cette partie de poker, qui de François ou de Nicolas aura le dernier mot ? Le combat ne fait que commencer…
10:35 Publié dans Centre | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Politique, Présidentielles 2007, Législatives 2007, UMP, Sarkozy, UDF, Bayrou


